La Compagnie Jusqu’à l’Aube porte les projets du metteur en scène bordelais Nicolas Dubreuil. Pour créer ses spectacles, il revendique une démarche collective de création et une dramaturgie plurielle en s’entourant d’une équipe artistique pluridisciplinaire (auteurs, acteurs, danseurs, musiciens, plasticiens, éclairagistes). En parallèle de ses créations, Nicolas développe un travail de proximité avec les publics, imaginant des projets de médiation et accompagnant la pratique amateur sous toutes ses formes. La Compagnie Jusqu'à l'Aube est adhérente de l'Iddac, de Théâtre Éducation Aquitaine, du Syndicat du Spectacle Vivant - Synavi et du Studio Théâtre 71.

"Condamnés à expliquer le mystère de leur vie, les hommes ont inventé le théâtre". Louis Jouvet

 

J'ai découvert le théâtre en tant que spectateur à l'âge de 7 ans et le théâtre ne m'a plus jamais quitté. Tout au long de mon enfance et adolescence, je l'ai pratiqué dans des ateliers au Théâtre des Chimères. En secret dans ma chambre, j'ai imaginé miles et une histoire. Et puis à dix huit ans, j'ai eu une expérience marquante. Je suis allé voir le Cercle de craie caucasien mis en scène en langue basque par Jean-Marie Broucaret. Après 5 minutes à faire le va et vien entre les acteurs et les surtitrages, j'ai lâché l'écran pour plonger entièrement dans l'histoire, me laissant guider par l'expressivité des acteurs plutôt que par le sens des mots. Je n'ai pas tout compris de ce que l'on me racontait alors, mais je suis sorti du théâtre bouleversé. Ce jour-là, je me suis dit: "C'est ça que je veux faire maintenant, créer des spectacles et revivre sans cesse ce que je viens de vivre".

J’aime le théâtre. Sans doute parce qu’il permet de ressentir toutes la palette des émotions humaines le temps d’un instant. Sans doute aussi parce qu’il a cette capacité de sublimer la vie et de révéler avec humour et poésie toute la complexité de notre monde. Sans doute parce qu’il fait le lien entre l'universel et le singulier, l'infiniment grand et l'infiniment petit. 

Pour créer un spectacle, je pars toujours d’une histoire qui me touche, d’un texte que j’ai lu, d’une histoire entendue, d’une réflexion insensée sur notre paradoxal humanité. Puis je réunis les acteurs. On va au plateau et on cherche. On se nourrit de tout : autant des expériences personnelles de chacun que des récits de vie ou paroles récoltées lors d’ateliers avec le public. Je revendique une dramaturgie plurielle. J’aime croiser les regards et pratiques artistiques : le texte et la langue, la scénographie et les arts plastiques, le corps et son mouvement. Tout m’inspire : un geste, un bout de texte, un trait de crayon, une esquisse de décor, un filet de lumière, quelques notes de musique. Et à chaque fois que quelque chose me touche (sans vraiment savoir pourquoi), je le note, l’enregistre, l’inscris dans ma mémoire. Et au fil des répétitions, avec l’aide de tous les artistes qui oeuvrent à la création, je cherche comment tous ces petits instantanées de vie peuvent cohabiter sur scène et s’imbriquer pour écrire la fiction.

Car, il ne faut pas oublier que le but ultime de tout ça, c’est de raconter des histoires. Certes, elles ressemblent très souvent à la réalité mais elles ont ce petit truc en plus qui permet de rire d’une situation tragique et de pleurer face au bonheur d’un personnage. Le théâtre est un jeu : on y croit jusqu’au bout et on veut que le public y croit avec nous. La notion de jeu est très importante pour moi. Prendre du plaisir dans ce que l’on fait tout en étant exigent dans le travail. C’est pourquoi j’accorde une grande importance dans la direction des acteurs. Leur jeu doit être physique et généreux.  Pour chaque création, je pars de techniques physiques (théâtre masqué, théâtre du mouvement, danse....) et explore au plateau avec les acteurs un théâtre de la poésie corporelle. Des corps en mouvement. Pour mieux révéler le vivant.

Nicolas Dubreuil